RETOUR EN ARAGON " la nuit de moscou" "Bierstube magie allemande "

Publié le par valérie

La Nuit de Moscou

(extraits)

Je mettais son contraire au lieu de toute chose

J'imaginais la vie et ses métamorphoses

Comme une féerie énorme et machinée


C'était un jardin bleu tintant comme un cristal

Où les pieds fabuleux marchaient sur des pétales

Et cependant les fleurs jamais n'étaient fanées


J'attendais un bonheur aussi grand que la mer

Et de l'aube au couchant couleur de la chimère

Un amour arraché de ses chaînes impies


Mais la réalité l'entend d'une autre oreille

Et c'est à sa façon qu'elle fait ses merveilles

Tant pis pour les rêveurs tant pis pour l'utopie


Le printemps s'il fleurit et l'homme enfin s'il change

Est-ce opération des elfes ou des anges

Ou lignes de la main pour les chiromancies


On sourira de nous comme de faux prophètes

Qui prirent l'horizon pour une immense fête

Sans voir les clous perçant les paumes du Messie


On sourira de nous pour le meilleur de l'âme

On sourira de nous d'avoir aimé la flamme

Au point d'en devenir nous-mêmes l'aliment


Et comme il est facile après coup de conclure

Contre la main brûlée en voyant sa brûlure

On sourira de nous pour notre dévouement


Quoi je me suis trompé cent mille fois de route

Vous chantez les vertus négatives du doute

Vous vantez les chemins que la prudence suit


Eh bien j'ai donc perdu ma vie et mes chaussures

Je suis dans le fossé je compte mes blessures

Je n'arriverai pas jusqu'au bout de la nuit


Qu'importe si la nuit à la fin se déchire

Et si l'aube en surgit qui la verra blanchir


Au plus noir du malheur j'entends le coq chanter

Je porte la victoire au coeur de mon désastre

Auriez-vous crevé les yeux de tous les astres

Je porte le soleil dans mon obscurité


(Les dernières strophes de la Nuit de Moscou, dont le début fut publié dans les Lettres françaises en 1955, font partie du Roman inachevé paru en novembre 1956.)



Bierstube Magie allemande

Et douces comme un lait d'amandes
Mina Linda lèvres gourmandes
qui tant souhaitent d'être crues
A fredonner tout bas s'obstinent
L'air Ach du lieber Augustin
Qu'un passant siffle dans la rue


Sofienstrasse Ma mémoire
Retrouve la chambre et l'armoire
L'eau qui chante dans la bouilloire
Les phrases des coussins brodés
L'abat-jour de fausse opaline
Le Toteninsel de Boecklin
Et le peignoir de mousseline
qui s'ouvre en donnant des idées


Au plaisir prise et toujours prête
O Gaense-Liesel des défaites
Tout à coup tu tournais la tête
Et tu m'offrais comme cela
La tentation de ta nuque
Demoiselle de Sarrebrück
Qui descendais faire le truc
Pour un morceau de chocolat


Et moi pour la juger que suis-je
Pauvres bonheurs pauvres vertiges
Il s'est tant perdu de prodiges
Que je ne m'y reconnais plus


Rencontres Partances hâtives
Est-ce ainsi que les hommes vivent
Et leurs baisers au loin les suivent
Comme des soleils révolus


Tout est affaire de décors
Changer de lit changer de corps
A quoi bon puisque c'est encore
Moi qui moi-même me trahis
Moi qui me traîne et m'éparpille
Et mon ombre se déshabille
Dans les bras semblables des filles
Où j'ai cru trouver un pays


Coeur léger coeur changeant coeur lourd
Le temps de rêver est bien court
Que faut-il faire de mes jours
Que faut-il faire de mes nuits
Je n'avais amour ni demeure
Nulle part où je vive ou meure
Je passais comme la rumeur
je m'endormais comme le bruit


C'était un temps déraisonnable
On avait mis les morts à table
On faisait des châteaux de sable
On prenait les loups pour des chiens
Tout changeait de pôle et d'épaule
La pièce était-elle ou non drôle
Moi si j'y tenait mal mon rôle
C'était de n'y comprendre rien


Dans le quartier Hohenzollern
Entre la Sarre et les casernes
Comme les fleurs de la luzerne
Fleurissaient les seins de Lola
Elle avait un coeur d'hirondelle
Sur le canapé du bordel
Je venais m'allonger près d'elle
Dans les hoquets du pianola


Elle était brune et pourtant blanche
Ses cheveux tombaient sur ses hanches
Et la semaine et le dimanche
Elle ouvrait à tous ses bras nus
Elle avait des yeux de faïence
Et travaillait avec vaillance
Pour un artilleur de Mayence
Qui n'en est jamais revenu


Il est d'autres soldats en ville
Et la nuit montent les civils
Remets du rimmel à tes cils
Lola qui t'en iras bientôt


Encore un verre de liqueur
Ce fut en avril à cinq heures
Au petit jour que dans ton coeur
Un dragon plongea son couteau


Le ciel était gris de nuages
Il y volait des oies sauvages
Qui criaient la mort au passage
Au-dessus des maisons des quais


Je les voyais par la fenêtre
Leur chant triste entrait dans mon être
Et je croyais y reconnaître
Du Rainer Maria Rilke

 

Publié dans mes PAGES D'HISTOIRE

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Rem 14/03/2009 22:44

Je ne lis même pas.... avant de commencer, ça me gâve, surtout à cette  heure ci ou ne maîtrise pas tout....because certains abus...sur ce je vais essayer de faire en sorte que Morphée me tende les bras...Bisous...c'est rare que je le dise....en génréal c'est bises.Bisous c'est seulement pour mon fils quand ile ne va pas bien

valérie 15/03/2009 03:12


tes confidences tardives  et titubantes comme ces lettres en italiques me font vraiment marrer !
heureux que le texte ne soit que d'aragon !